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questions à thierry gautier
entraîneur national (France)
de boxe anglaise

 

Guillaume Dupont - A côté de la boxe professionnelle dont la presse se fait l'écho, il y a d'autres pratiques de la boxe. Qu'est-ce qui les distingue ? Combien de pratiquants dénombre-t-on en France dans ces diverses catégories ?

Thierry Gautier - Qu'elles soient professionnelle, amateur ou autre, ces differentes modalités de pratique font partie de la boxe anglaise, gérée par la Fédération Française de Boxe (FFB). Cette association est le seul organe reconnu par l'Etat (via le ministère des sports) à pouvoir dispenser un enseignement de ce sport et à permettre la compétition. Les modalités de pratique que propose la FFB ont donc des dénominations spécifiques. Ainsi, dans un ordre que l'on peut voir comme chronologique dans le parcours sportif d'un individu, on discerne :
- la boxe loisir,
- la boxe éducative, caractérisée par la compétition de type assaut,
- la boxe amateur,
- et finalement la boxe professionnelle.
A l'intérieur même de ces modalités existent des particularités. On inclura dans la notion de boxe loisir-boxe éducative les pratiques à caractère social, dispensées dans des structures associatives particulières (centre socio-culturel...), dans le cadre des activités d'initiation (animation de quartier, ticket sport...). Sont inclues au sein de la boxe éducative :
- la pratique scolaire enseignée dans les cours d'EPS,
- la pratique UNSS, de compétition ou non,
- la pratique universitaire enseignée dans le cadre des formations STAPS et FNSU (sport universitaire), de compétition ou non.
Il est dès lors difficile de déterminer exactement le nombre de pratiquants. Les chiffres des licenciés à la FFB sont d'environ 20 000, les boxeurs "professionnels" représentant 350 à 400 licenciés. Chiffre qui semble paradoxal quand il est mis en regard de la médiatisation dont fait l'objet la boxe professionnelle.

 

G.D. - Vous êtes entraîneur national des équipes de France jeunes en boxe anglaise. Pouvez-vous présenter les principaux aspects de votre métier ?

T.G. - Je suis responsable du secteur jeunes et du pôle France jeunes de la fédération depuis 1999. J'avais auparavant pour mission l'encadrement des équipes de France senior (sous la direction de Dominique Nato, actuel Directeur Technique National) et plus particulièrement la gestion du pôle France senior de l'INSEP (institut national du sport et de l'éducation physique).
Présenter les differents aspects du métier d'entraineur national en quelques lignes serait réducteur et omettrait sans aucun doute bon nombre de particularités.
Ce n'est pas le cas de l'ouvrage de N.Krantz et L.Dartnell, "Les experts en question", qui aborde la quasi-totalité des savoirs et des aspects de ce métier.
Cependant pour résumer on peut caractériser le métier d'entraîneur par la préparation et l'accompagnement du sportif vers la réalisation d'une performance, en tenant compte de tous les aspects que le système de la performance induit (aspects sociaux, médicaux, scolaires, professionnels, familiaux, psychologiques...), et en anticipant les parasites de la performance.

 

G.D. - Dans quelle mesure le footing est-il important pour les boxeurs?

T.G. - La pratique du footing du boxeur est caractéristique de l'imaginaire, de l'imagerie liée à notre sport. En effet la boxe anglaise n'est pas un effort à dominante aérobie, il s'agit plus d'une activité se situant "à cheval" entre la puissance maximale aérobie et la capacité anaérobie lactique.
La boxe repose sur un effort de type fractionné (des phases d'activité entrecoupées de phases de récupération active et/ou passive) deux ou trois minutes d'activité (round) suivi d'une minute de récupération passive, dans la nature même de sa compétition (réglementaire) ; de plus lors de ce temps de deux ou trois minutes, selon la modalité de pratique, les boxeurs passent par des phases de récupération active (attente, préparation, observation...) et des phases d'activité (échange de coups). Toutefois le footing, la course de type capacité aérobie, a son importance dans l'acquisition d'un potentiel aérobie de base et surtout dans la récupération active. En l'occurrence un boxeur peut tout aussi bien se préparer en ne faisant qu'un footing par semaine, dés lors que son programme d'entraînement comporte des sollicitation proches de l'effort spécifique tel que précisé préalablement.
Pourquoi cette croyance dans l'importance du footing ? La réponse réside en partie dans l'absence, pendant longtemps, d'étude, de recherche sur la nature physiologique et energétique de ce sport, et donc d'orientations pratiques. Dés lors il est plus simple de rester sur l'une des certitudes du passé, qu'utilisaient bon nombre d'activités sportives avant d'être soumises à des études : "à travail long, préparation longue".
A titre d'exemple et de comparaison il est intéressant de voir l'évolution de la préparation des spécialités de longues distances (athlétisme, ski de fond, cyclisme, triathlon...). Quel que soit le sport, la grosse partie de la préparation ne s'effectue pas sur des distances égales ou supérieures et des allures inférieures à leur compétition, mais sur des distances inférieures à une intensité variable allant de sous-maximal à supra-maximal. L'entraînement ne doit permettre qu'une meilleur adaptation à l'effort de compétition : supporter la compétition dans ce secteur implique de travailler au dessus, de manière à mieux gérer les conséquences (fatigue, lactatémie élevée, fréquence cardiaque élevée...) ce que ne permet pas de faire le footing à allure modérée comme c'est le cas.
Après des décennies de quantitatif il est important de passer au qualitatif proche des spécificités de l'effort. Pourquoi courir pendant 2 heures à 12 km/h de moyenne quant votre effort est plus proche d'une course de 800 mètres (pour les amateurs) et de 5000 mètres (pour les professionnels) ?

 

G.D. - Qu'apporte exactement la pratique du "shadow boxing"?

T.G. - Au-delà de l'amélioration du geste technique qui est un élément important de la pratique du shadow, le boxeur et l'entraîneur de boxe mettent en pratique et depuis longtemps, bien avant qu'elle ne soit "à la mode", une méthode de préparation mentale, l'imagerie mentale. En effet l'une des consignes dans la pratique du shadow est d'imaginer l'adversaire, de le visualiser, de visualiser ses stratégies, et d'y apporter des réponses tactiques. Il s'agit donc bien d'entrer dans une phase de préparation mentale active.
La préparation mentale intervient ici dans l'approche du combat, de l'opposition, d'une amélioration sensitive (parfois visuelle avec la glace) des gestes techniques, d'une réflexion sur les stratégies tactiques que l'on peut mettre en place ou auxquelles on peut apporter une réponse (tactique adverse).
La boxe est donc un sport qui utilise depuis fort longtemps et avec efficacité une technique de préparation mentale qui tient compte des spécificités techniques et tactiques.

 

G.D. - Y a-t-il un profil social type ("milieu" d'origine, cursus scolaire...) des boxeurs combattant en équipe nationale ?

T.G. - Pour pouvoir parler de profil social type il faut disposer de données récentes, or à ce jour aucune étude n'a été faite analysant les caractéristiques sociologiques des pratiquants licenciés de quelque niveau que ce soit.
Nous pouvons seulement dégager des tendances caractéristiques du haut niveau.
Concernant les cursus de formation on note une diminution des boxeurs de haut niveau n'ayant peu ou pas de formation, une diminution des inscrits en brevet d'Etat d'éducateur sportif (BEES 1er degré), une augmentation du cursus scolaire classique (baccalauréat), une augmentation des formations professionnelles dans le domaine de l'électrotechnique, l'apparition de boxeurs en formation unversitaire ou équivalente (le BEES 2ème degré est équivalent à la licence staps). En résumé, le niveau scolaire et ses préoccupations augmentent.
Le milieu d'origine est celui des villes, banlieue et zones résidentielles, bien qu'à mon avis cela ne puisse être une caractéristique spécifique à notre pratique. On assiste à un nivellement des origines géographiques des sportifs de haut niveau : la majorité d'entre eux viennent des villes -Zidane en est l'exemple type. On peut difficilement appliquer la classification des aps de Parlebas au sport de haut niveau actuel, exception faite des sports nécessitant un matériel coûteux ou ayant une éthique élitiste forte.
Le rapport à la famille se caractérise par une forte dépendance, une volonté de rapprochement du milieu familial le plus fréquemment possible.
Le rapport au "médical" est quant à lui une caractéristique frappante. Le boxeur au début de sa carrière de haut niveau a un rapport très distant, n'allant voir un membre du corps médical et paramédical qu'au dernier moment, quand il ne peut gérer seul la douleur ou le problème. Puis cette caractéristique s'estompe quand se développe une meilleure compréhension des contraintes du sport de haut niveau.
Dernière caractéristique, et non des moindres : le boxeur de haut niveau dispose d'un mental fort, allant jusqu'à être "caractériel".

 

Guillaume Dupont / Thierry Gautier pour "laboxe.net", mai 2002

 

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